vendredi 9 novembre 2007

Sarkozy à Washington : french kiss et langue de bois

La visite du président français à son homologue américain sucite une polémique au Royaume-Uni. Nicolas Sarkozy profiterait selon la presse anglaise, du départ de Tony Blair pour occuper la place de favori des Etats-Unis.

photo AFP - 8-11-2007
Le nouveau Premier ministre britannique, Gordon Brown, se démarque de son prédécesseur. Il entretient des relations moins chaleureuses avec l'outre-atlantique. Une distance que Nicolas Sarkozy n'hésite pas à exploiter. Il l'a répété tout au long de son discours prononcé devant les parlementaires américains, la France et les Etats-Unis sont "des amis, des alliés depuis toujours et pour toujours.". Le site de France Info propose d'écouter un extrait de l'allocution du président français.

Un discours qui lui vaut d'être surnommé par Le Guardian de "nouvelle pin-up européenne des Etats-Unis". Récemment, le Times faisait allusion au commentaire du sous-secrétaire d'Etat américain, Nicholas Burns. Le diplomate a déclaré au sujet des rapports entre les Etats-Unis et l'Angleterre que "le vent a vraiment tourné dans cette relation". Il est loin le temps où George Bush clamait que "l’Amérique n’avait pas de plus vrais amis que la Grande Bretagne.". C'était en 2001, peu après les attentats du World Trade Center, lors de son discours au Congrès.

La visite de Nicolas Sarkozy n'échappe pas à l'humour british. Selon le Times, c'est en qualité de "bachelor" (célibataire) que le French president s'est déplacé au Congrès. Le journaliste démarre son article par ces mots : "love affair". Alors, ironie ou jalousie de la part des célèbres quotidiens anglais ?
La presse française se moque aussi de cette nouvelle love affair entre le célibataire Sarkozy et son homologue américain.
couverture du numéro du 8-11-2007

Baiser empoisonné
Le rapprochement franco-américain n'est pas sans rique. C'est un diplomate français, selon le monde.fr, qui a averti le chef de l'Etat français. Trop de proximité avec G. Bush pourrait nuire à Nicolas Sarkozy. Le Times est plus précis. L'édition du 8 novembre 2007 révèle que c'est Hubert Védrine qui a rappelé que Tony Blair, en s'affichant aux côtés des Américans en Irak, avait vu sa côte de popularité chuter.

L'ancien premier ministre anglais s'était vu à l'époque affublé du surnom "caniche de George Bush". Le 8 mars 2002, le Daily Mirror avait titré "Howdy, Poodle!", ce qui veut dire en américain "Salut, caniche!". Quelques jours plus tard, dans une interview accordée au même tabloïd, George Michael accusait le Premier ministre d'être réellement le caniche de Bush. Il intitulait alors une de ses chansons "Shoot the dog" ("Tirez sur le chien") et réalisait un clip ridiculisant Tony Blair.



Baiser frileux

La "love affair" entre Sarkozy et G. Bush n'échappe pas aux traditionnelles tensions franco-américaines, comme le souligne Charles Bremner, correspondant à Paris du Times. Dans sa conversation avec son rédacteur en chef, Daniel Finkelstein, il rappelle que Sarkozy n'a pas évoqué les dossiers sensibles comme l'Irak ou Guantanamo.

Il s'agirait d'une décision stratégique de la part du chef de l'Etat français. Avec ce changement de forme plus que de fond, N. Sarkozy préserve sa popularité en hexagone tout en séduisant les Américains. C'est ce que soutient Justin Vaïsse, chercheur à la Brookings institution de Washington, dans sa réaction à l'article de Pierre Haski, publié sur le site rue89.com.

Nicolas Sarkozy compte sur les Etats-Unis pour limiter le réchauffement climatique.

"Le développement durable mérite mieux que les discours. Il exige aujourd'hui d'avoir le courage d'agir." Il y a un an, dans une tribune parue dans le Figaro (8 novembre 2006), Nicolas Sarkozy faisait de la défense de l'environnement une de ses priorités.

Quelques jours après avoir reçu Al Gore à Paris lors du Grenelle de l'environnement, le Président français a de nouveau enfilé son costume de défenseur de la planète à l'occasion de son séjour aux Etats-Unis. Dans son discours devant le Congrès, il n'a pas hésité à insister sur le rôle primoridal que doivent jouer les Américains dans la lutte contre le réchauffement climatique. Sujet sensible quand on sait que les Etats-Unis n'ont pas ratifié le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre. Nicolas Sarkozy a déclaré que "ceux qui aiment le pays des grands espaces, des parcs nationaux, de la nature protégée, attendent de l'Amérique qu'elle prenne, aux côtés de l'Europe, la tête du combat contre le réchauffement climatique qui menace de destruction notre planète". Et d'ajouter: "Je sais que le peuple américain, à travers ses villes et ses Etats, est chaque jour plus conscient des enjeux et déterminé à agir (...). Nous avons besoin de l'Amérique pour protéger la planète dans son environnement".

Ce discours fait échos aux propos tenus par Yannick Jadot, , en mai dernier. Le responsable des questions climat à Greenpeace souhaitait "que Nicolas Sarkozy rejoigne Tony Blair et Angel Merkel sur l'appel aux Etats-Unis à faire des efforts sur la négociation climatique, c'est important (.) Ce qui nous parait encore plus important, c'est de bien clarifier que les Etas-Unis doivent rejoindre le processus de négociation de Kyoto".

Déjà décrié après le Grenelle de l'environnement - "Sarkozy, roi de l’esbroufe" clamait un militant de la LCR - , le Président de la République ne fait pas l'unanimité. Son voyage a inspiré les internautes, étonnés de voir Nicolas Sarkozy participé à sa manière au réchauffement climatique. "Et hop, il prend un avion direction les USA, fait un joli discours et zou, il revient!!!" ironise un blogueur.

Sarkozy, french from the outside ?

"Grosse gaffe" ou " petite maladresse"? Tout dépend de quel côté de l'océan on se situe.

Dans un entretien accordé au New York Times le 21 septembre, Nicolas Sarkozy qualifie la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, entre autres personnalités politiques américaines, d'"Américaine de l'extérieur". Légère erreur d'appréciation. En effet, sur au moins trois générations, les aïeuls de "Condi" sont 100% made in usa. Le président français récidive à la tribune du French American Business Council de Washington le 6 novembre.



Côté français, peu de remous. Un internaute souligne sur le blog d'actualité, lePost.fr, que cette bévue est passée quasiment inaperçue en France. Mais sur la toile, quand le sujet est abordé, les réactions sont vives. Sur Rue89, certains internautes y voient une nouvelle illustration de l'incompétence du chef de l'Etat.

Côté anglais, on salue la performance de Nicolas Sarkozy qui n'a commis, somme toute, qu'UNE SEULE petite maladresse en deux jours passés à Washington.

Plus indulgents, la presse outre-atlantique qualifie les propos du président français de "gaffe mineure", un qualificatif lancé par l'agence Associated Press et relayé par tous les médias...
Quand on aime, on pardonne ...




L'Iran au coeur du voyage présidentiel aux Etats-Unis

"Essayez donc d'embrasser quelqu'un en mettant les mains devant vos yeux". Les relations franco-américaines fleurent bon l'entente cordiale. Les deux présidents se sont rencontrés et congratulés. Nicolas Sarkozy a ainsi énuméré, tout au long de son discours devant le congrés américain, la liste des sujets sur lesquels les deux pays se rejoignent. Tous, pour faire simple. «Mercredi, Bush et Sarkozy auraient pu lire le même discours», synthétise James Gerstenzang dans le Los Angeles Times.

Sur l'Iran, les deux chefs d'Etat affichent des points de vue similaires. Le président français répète dès lors qu'il est "Inacceptable" que l'Iran puisse se doter de l'arme nucléaire. Le peuple iranien « mérite mieux que les sanctions et l’isolement croissants auxquels le condamnent ses dirigeants. », a-t-il dit. Selon francematin.fr, "M. Sarkozy a habilement mêlé les compliments pour les USA aux affirmations d'indépendance européenne et française, laissant entendre une bonne entente des deux côtés de l'océan plutôt qu'une soumission de l'une des deux parties".

Pourtant, certains éditorialistes reprochent à Nicolas Sarkozy d'éviter les sujets qui fâchent, tel l'Irak, et de jouer un jeu dangereux en s'alignant systématiquement sur les positions américaines. C'est le cas de Patrick Fluckiger, dans l'Alsace, qui s'interroge: "Que fera Nicolas Sarkozy si les Etats-Unis décident, demain, de bombarder l'Iran? Suivra-t-il George Bush ? Son amnésie irakienne, tout comme le ton belliqueux de Bernard Kouchner à l'égard de Téhéran, il y a quelques semaines, peuvent le faire craindre".

François Noudelmann, sur Libération.fr, se demande si Nicolas Sarlozy "sait à qui il s'adresse en déclarant l'amour de la France aux Etats-Unis". Lui reprochant d'en faire trop devant une Amérique qui a déjà "tourné la page Bush", l'éditorialiste conclut en affirmant que "les relations franco-américaines sont condamnées à la parodie, celle de George Washington et La Fayette en habits d’Halloween". Le régime iranien peut trembler.

Cet extrait vidéo de CNN dévoile la position franco-américaine sur le nucléaire iranien.

Sarko aux USA : l'oeil sarcastique des bloggers français

Pas de doutes : dès que le sujet Nicolas Sarkozy est abordé, les internautes sont intarissables. Son dernier voyage express aux Etats-Unis n'échappe pas à la règle. D'autant plus que le discours enflammé énoncé par le président de la République devant le Congrès Américain suscite quelques controverses. La toile s'interroge : le président devait-il faire une telle déclaration d'amour à l'Amérique, alors que la population française est réputée pour ne pas avoir d'attirance particulière pour les USA ?
Sur cette question, aucun blogger ne fait l'unanimité. Comparant Nicolas Sarkozy à un petit chien qui suit son maître Bush, les internautes sont souvent moqueurs. Le site Sarkostique développe un oeil encore plus critique : et si, pour remplacer Cécilia, l'Amérique était la nouvelle conquête amoureuse de Sarkozy ? Le dessinateur Placide explique le rêve américain de Sarkozy par sa folie des grandeurs. A l'inverse, certains bloggers veulent montrer leur attachement au président. Pour un rédacteur d'Agoravox, grâce à Sarkozy, aujourd'hui, "il ne fait plus honte de s'afficher pro-Américain en Europe".
Certains internautes cherchent davantage d'explications. En s'appuyant d'abord sur de larges extraits de son discours devant le Congrès. Une façon de pointer du doigt tous les efforts déployés par Sarkozy pour présenter la France comme l'amie éternelle de l'Amérique. Certains essaient plutôt de comprendre comment la situation est perçue Outre-Atlantique. Un regard étranger pour développer un sens critique.
En tout cas, le voyage présidentiel aura fait grand bruit. La stratégie de communication du président interpelle d'ailleurs un large nombre d'internautes. Si ce rapide voyage était un moyen pour ne pas avoir à essuyer les questions des journalistes sur le bilan de ses six premiers mois à l'Elysée, "well done" !

L'amour parfait... ou presque

"La France est l'amie des Etats-Unis", c'est du moins ce que Nicolas Sarkozy a rappelé lors de son discours devant le Congrès américain. Quelques heures après sa visite éclair (26 heures) en Amérique, les journaux semblaient unanimes, aussi bien en France qu'aux Etats-Unis : Nicolas Sarkozy avait conquis le coeur des Americains. Même la gaffe du président français au sujet de l'origine de Condoleeza Rice n'a pas choqué la population outre atlantique : sur le site de Foxnews, il n'est question que d'une "minor gaffe" (petite gaffe).

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles entre Nicolas Sarkozy et les Etats-Unis ? Pas si sûr...

Certes, les Américains sont prêts à passer l'éponge sur l'épisode de l'émission 60 minutes, lorsque Nicolas Sarkozy a quitté le plateau, excédé par une des questions de la journaliste.




La presse US met la mauvaise humeur présidentielle sur le compte de ses difficultés conjugales, sans manquer de rappeler que son divorce est un sujet très sensible.

Mais les Américains sont beaucoup moins indulgents lorsqu'on aborde le coup de fil passé par Sarkozy à Hillary Clinton, candidate démocrate à l'élection présidentielle. Dans le Washington Post, Michael Abramowitz met le doigt sur ce détail et présente le président français comme un pro-américain excessif et prévoyant. En réaction à cet article, les commentaires, très nombreux, sont sans illusions quant à l'attitude intéressée de Nicolas Sarkozy.



La presse américaine relève aussi l'absence de l'Irak dans le discours du président français. Dans le New York Times, un journaliste souligne que Sarkozy n'a pas prononcé un seul mot au sujet de la guerre en Irak. Une gêne entoure ce silence, et bien souvent, les rappels des faits se passent de commentaires.

Ce qui dérange, outre-atlantique, c'est peut-être que Nicolas Sarkozy en ait fait trop d'un côté, et pas assez de l'autre. Un bloggeur américain affiche sa surprise face à un président français "plus américain que certains démocrates". Il a mis en ligne la vidéo du discours de Nicolas Sarkozy devant le Congrès américain, ce qui donne l'occasion d'entendre le président français qualifier les Etats-Unis de "plus belle nation."

Les Américains ont été flattés de la visite de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis. Mais ils auraient sans doute préféré un peu plus d'honnêteté, et un peu moins de manières.












Les villepinistes en pétard

La récente apologie des Etats-Unis faite par Nicolas Sarkozy a fait pâlir les villepinistes de la dernière heure.

La France est l'amie des Etats-Unis d'Amérique…Le président de la République l'a dit et redit lors de son voyage officiel outre-atlantique en début de semaine. Les deux pays peuvent donc reprendre leur longue histoire d'amour. Chabadabada.

Oubliées les imprécations du Général de Gaulle, effacés les récriminations de Georges Pompidou, de Valery Giscard d'Estaing, les atermoiements de François Mitterand, et surtout chassé le discours, l'heure de gloire de Jacques Chirac et Dominique De Villepin, devant le Conseil de sécurité de l'ONU à la veille de l'invasion de l'Irak. Bref, la France revit aux sons d'Elvis Presley. Love me tender.

Mais ce soudain retour de flamme n'est pas s'en déplaire à certains. Premier à s'arracher sa tignasse, De Villepin. Suivi de ses amis les villepinistes. L'ancien Premier ministre a estimé que la France devait jouer un rôle d' "aiguillon" pour tenter de faire évoluer les Etats-Unis sur un certain nombre de grands dossiers internationaux.

Un avertissement à un Sarkozy qui n'a pas mentionné pendant ces deux jours de voyage le désaccord franco-américain sur l'Irak. Sur les blogs villepinistes, l'ambiance est à la grogne.
Un retour de flamme?